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Un extrait du bulletin mensuel du "Conseil Central de l'Economie" de Belgique (Lettre Mensuelle Socio-économique, no96, septembre 2004, p.3-34), relatant ma conférence-débat du 18 juin 2004, à Bruxelles. Version PDF
Un très bon résumé de ma théorie (p.1-7), avec les réactions de M. Loriaux (p.8-14), M. Englert (p.15-18) et celle, venimeuse, de C. Gobin (p.19-33). A la fin, les conclusions générales, désolantes (p.34).
Selon la version internet, nov 04. Source
Théorie du miracle européen
Cosandey



NUMERO
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AVENIR DE NOS RETRAITES - Débat autour d’un livre controversé
VIEILLISSEMENT - Le Conseil Supérieur des Finances se veut rassurant
LE CCE EN SLOVAQUIE - Un voyage instructif
NUMERO
96
Mensuel
septembre
2004
Bureau de dépôt 1040 Bruxelles 4
P 302107
BC 5856
ne paraît pas en juillet

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septembre 2004
NUMERO
DÉBAT
l’avenir de nos retraites
3
“la faillite coupable des retraites
4
pour un nouveau contrat entre générations
8
la natalité ne peut tout résoudre
15
“faux problèmes et vraies solidarités”
19
réactions des partenaires sociaux
34
VIEILLISSEMENT
un rapport qui rassure
35
ÉLARGISSEMENT
voyage d’étude en Slovaquie
39
ACTUALITÉS
conseil central de l’économie
47
autres organes de concertation
49
> Comité d’accompagnement :Robert Antonissen, Michel Davreux, Luc Denayer, Ton Harding, Paul Henriet, Ada Jacobs,Viviane
Van Uytven
> Rédaction : Marie Baudour, Olivier Belle, Corinne Gobin, Ton Harding, Paul Henriet, Michèle Pans, Rob Vandeweyer
> Secrétariat de rédaction :Alain Cabaux
> Traduction : Jan Lambert
> Mise en page : Simonne Loison
> Impression : José Marquez y Sanchez
> Site Web : www.ccecrb.fgov.be
> Éditeur responsable : Ton Harding, Avenue de la Joyeuse Entrée 17-21, 1040 Bruxelles
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Conseil Central de l’Economie
3
DÉBAT
Dans le but de faire progresser la réflexion en matière de systèmes de sécurité sociale, et en
particulier en matière de systèmes de retraites et de pensions, thématique qui figure à l’agenda
politique, le secrétariat du Conseil central de l’économie a organisé, le 18 juin 2004, un lunch-
débat autour du livre de David Cosandey, « La faillite coupable des retraites : Comment nos
assurances vieillesse font chuter la natalité ? »
1
. Dans un premier temps, l’auteur a exposé
brièvement les thèses de son essai. Ensuite, le démographe Michel Loriaux (du SPED, l’Institut de
Démographie de l’UCL), l’économiste Michel Englert (Conseiller au Bureau fédéral du Plan) et la
sociologue Corinne Gobin (directrice du GRAID, Institut de Sociologie de l’ULB) ont fait valoir leurs
points de vue critiques sur cet ouvrage. Enfin, les interlocuteurs sociaux ont commenté la
problématique du vieillissement en général et les thèses que David Cosandey (Docteur en physique
théorique, il travaille à la Banque cantonale de Zürich) défend en la matière. On trouvera dans le
dossier qui suit un large aperçu de cette rencontre.
L’avenir de nos retraites
1
« La faillite coupable des retraites. Comment nos assurances vieillesse font chuter la natalité ? », Editions L’Harmattan, collection
« Questions Contemporaines », Paris, 2003, 165 pages.

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Lettre Mensuelle Socio-économique - septembre 2004
DÉBAT
Nous publions dans les pages qui suivent un résumé de l’ouvrage de David Cosandey tel que
l’auteur l’a présenté à la réunion du 18 juin dernier.
UN CERCLE VICIEUX
Nos systèmes de retraites provoquent la dénatalité : ceux qui n’ont pas ou peu d’enfants, touchent
la même retraite que ceux qui ont beaucoup d’enfants. En retour, la dénatalité ruine ces systèmes
en un tragique cercle vicieux : pour que les retraites soient financées et payées, il faut qu’existe une
nouvelle génération.
Pour arrêter ce cercle vicieux, il faudra réformer nos retraites « aveugles » (indifférentes au
nombre d’enfants) pour en faire des systèmes « clairvoyants », c-à-d. : d’une part, prendre en
compte dans le calcul de la retraite le nombre d’enfants élevés ou entretenus par l’affilié ; d’autre
part, mettre en place une structure permettant à tous, (aux parents comme aux non-parents) de
contribuer à la nouvelle génération de façon à avoir droit à une retraite aussi.
Une telle réforme a commencé en toute discrétion en Allemagne avec la retraite facultative Riester,
lancée en janvier 2002, qui prend en compte le nombre d’enfants dans le calcul de la retraite.
Une fois la décision prise de passer aux retraites « clairvoyantes », une période de transition de
trente à quarante ans devra être appliquée.
L’AMPLEUR DU PROBLÈME
L’importance de l’enjeu est tel - le pourcentage de la richesse nationale absorbé par le paiement
des retraites, les flux d’argent allant chaque année aux retraités et les fortunes amassées par les
systèmes de capitalisation sont tellement colossales - que les populations réagissent nerveusement
(à travers de manifestations et de grèves) au moindre changement.
Nos systèmes de retraites ont brisé le lien de solidarité réciproque qui unissait les générations
pendant des années : nous vous nourrissons, logeons, éduquons et protégeons pendant votre
enfance en échange de quoi vous nous entretenez, soignez et protégez pendant notre vieillesse.
Nos systèmes de retraites souffrent d’un travers fondamental. Ils calculent le droit à recevoir une
retraite à partir du nombre d’années passées à cotiser pour les plus vieux, alors que la seule chose
qui peut servir de base de calcul pour les retraites futures, c’est ce qu’on a donné à la jeune
génération qui devra payer pour nous plus tard.
Nos systèmes de retraites ont supprimé la retraite traditionnelle, qui avait des limitations de tout
système coutumier et familial (en cas de décès accidentel de leurs enfants ou en cas de conflits
familiaux, les parents se retrouvaient privés de leur garantie vieillesse), mais qui fonctionnait
selon un principe équitable. Ils ont introduit un mécanisme discutable, faussant les échanges
«La faillite coupable des retraites»

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intergénérationnels (dans lequel les contributeurs (les parents) doivent payer pour les non-
contributeurs (les non-parents). Ils font de « donner aux plus vieux » la condition de « recevoir des
plus jeunes » alors que c’est « donner aux plus jeunes » qui devrait conditionner « recevoir des
plus jeunes »
1
.
La retraite que les travailleurs reçoivent, n’est pas (comme cela nous a été inculqué) le
remboursement des cotisations qu’ils ou elles ont payé pendant leur vie professionnelle, mais de ce
qu’ils ont donné à la génération suivante en nourrissant, soignant, éduquant et protégeant les
enfants dont ils/elles ont la charge, les leurs ou ceux de leur conjoint.
Dans leur mode de fonctionnement actuel qui consiste à négliger les contributeurs (les parents) et
à favoriser les non-contributeurs (les non-parents),nos systèmes de retraites sont condamnés à
sombrer.
Un bref survol historique de la France, l’Allemagne, laSuisse, l’Espagne et les États-Unis montre
que chaque fois que les retraites sous leur forme actuelle (càd. indifférentes au nombre d’enfants)
ont été renforcées, la natalité a baissé et vice-versa.
LES FONDS DE PENSION MENACÉS EUX AUSSI
Les systèmes de retraites par capitalisation « aveugles » n’offrent aucune alternative au désastre
programmé (la faillite) des systèmes de retraites par répartition « aveugles » parce qu’ils sont eux
aussi vulnérables au déclin démographique. Le succès des systèmes de retraites par capitalisation
dépend de la croissance économique, elle-même dépendant du nombre de naissances.
Qu’ils soient par répartition ou par capitalisation, pour fonctionner, les systèmes de retraites ont
tous besoin d’une classe active, plus concrètement, d’une vague d’arrivées sur le marché du travail
au moins équivalente à la vague des actifs partant à la retraite : il ne peut exister des rentiers que
s’il existe des travailleurs. L’existence d’une nouvelle génération est une condition sine qua non
pour que la génération précédente puisse jouir d’une période inactive, d’une retraite, quel que soit
le mode de prévoyance choisi.
Les systèmes de retraites faisant abstraction de cette vérité fondamentale – càd. nos systèmes de
retraites « aveugles » faisant fondre la nouvelle génération- sont voués à l’échec. Ils obligeront les
futurs vieux (ayant payé des cotisations pendant toute leur vie professionnelle), soit à travailler
jusqu’à l’âge de 70, 75 ans, soit à passer leur vieillesse dans l’indigence.
1
« Donner aux plus vieux » veut dire « donner à la génération précédente en prenant soin de ses vieux parents devenus faibles »
« Recevoir des plus jeunes » veut dire « recevoir de la génération suivante en étant pris en charge». « Donner aux plus jeunes » veut
dire « donner à la génération suivante, en nourrissant, soignant, éduquant et protégeant les enfants dont il/elle a la charge, les siens
ou ceux de son conjoint ».

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Lettre Mensuelle Socio-économique - septembre 2004
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LES STRATÉGIES INEFFICACES
Les mesures le plus souvent proposées pour répondre à la crise des retraites sont inefficaces. Il
n’est guère recommandable de :
- Élever l’âge de la retraite pour deux raisons. La première raison est que cette mesure punit tout
le monde (les parents comme les non-parents) pour une évolution dont tout le monde n’est pas
responsable : les parents ne sont pas responsables pour la chute de la natalité. La deuxième
raison est que cette mesure est désagréable : nous préférons tous avoir le droit d’interrompre
notre labeur à l’âge prévu.
- Élever les impôts sur les personnes et/ou la consommation parce que c’est une mesure injuste.
Elle frappe plus durement les personnes avec enfants (qui sont les moins coupables de la crise
des retraites) que les autres.
- Augmenter la productivité du travail pour trois raisons. La première raison est que s’appuyer
sur une prévision optimiste du progrès technologique (dont découle la croissance de la
productivité du travail) étalée sur plusieurs décennies, est quelque peu hasardeux. La croissance
de la productivité du travail prévue peut très bien ne pas survenir. La deuxième raison est que
cette mesure peut conduire à davantage de grèves et de conflits sociaux. Rien ne dit que les
actifs comme les inactifs, se satisferont du même niveau de vie pendant trente, quarante ans.
Rien ne dit que tout le monde renoncera tranquillement à toute augmentation de son pouvoir
d’achat. La troisième raison est que le progrès technologique permet non seulement la croissance
de la productivité du travail, mais aussi l’allongement de la durée de vie qui entraîne des
retraites supplémentaires à payer.
- Augmenter le taux d’emploi en réduisant le taux de chômage, en faisant entrer davantage de
femmes sur le marché du travail et/ou en réduisant le travail au noir parce que ces mesures
reportent le problème (la crise des retraites) pour l’amplifier ensuite. Ces mesures font gagner
du temps en gonflant un temps le flux des cotisations payées à la sécurité sociale, mais font
ressurgir le problème amplifié plus tard, lorsque la masse supplémentaire de cotisants rejoint
à son tour la classe des inactifs, sans avoir eu davantage d’enfants et probablement en en
ayant eu moins.
- Recourir à l’immigration pour deux raisons. La première raison est que cette mesure ruine toute
solidarité intergénérationnelle. Pendant leur vie active, les travailleurs immigrés appelés au
renfort des retraites entretiendraient les parents des autres (lisez : d’une collectivité dont leurs
parents ne font pas partie) en non leurs parents. Pendant leur vieillesse, ils vivraient aux
dépens des enfants des autres à qui ils n’auraient rien donné. La deuxième raison est que cette
mesure n’apporte qu’une aide temporaire au problème (la crise des retraites). Une fois les
nouveaux arrivants intégrés à l’économie formelle et déclarée en occupant des emplois bien
rémunérés (càd. une fois qu’ils commenceraient à payer des cotisations dignes de ce nom), ils
se mettraient à réduire leur taux de fécondité et il faudrait réimporter une nouvelle vague de
main-d’œuvre.
«La faillite coupable des retraites»

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- Investir dans des portefeuilles d’actions et d’obligations de pays en développement à forte
croissance économique parce que cette mesure est trop hasardeuse. Y recourir pour quelque
chose d’aussi important que les retraites de millions de personnes au mépris du risque politique
(de guerres) et financier (de catastrophes financières) est très hasardeux. La situation peut
changer trop rapidement.
- Revenir furtivement au système traditionnel où les enfants devenus grands entretiennent
personnellement leurs vieux parents en remerciement d’avoir été pris en charge pendant leur
propre enfance (c-à-d. suivre la voie américaine) parce que cette mesure abroge la retraite
institutionnalisée supervisée par l’État qui est synonyme de progrès social : elle offre une
garantie pour les parents ayant perdu leurs enfants ; elle permet une certaine redistribution
des revenus ; elle évite la promiscuité entre les générations, etc.
VERS UN RÉTABLISSEMENT DE LA SOLIDARITÉ ENTRE LES GÉNÉRATIONS
En définitive, les gouvernements auront le choix. Ou bien, les gouvernements continuent à appliquer
les mesures analysées au chapitre précédent et ils ne feront qu’accompagner les systèmes de
retraites dans leur descente aux enfers avec comme résultat final: primo, la disparition de la
retraite institutionnalisée ; secundo, que tous les futurs vieux devront soit continuer à travailler
jusqu’à l’âge de 70,75 ans, soit passer leur vieillesse dans l’indigence.
Ou bien, les gouvernements s’attaquent au problème (la crise des retraites) en passant aux
systèmes de retraites « clairvoyantes », systèmes de retraites qui récompensent l’investissement
en capital humain, càd. les efforts et dépenses importants que représentent la mise au monde,
l’éducation, le logement, l’habillement, les soins pendant l’enfance.
Pour s’y prendre en pratique dans le cas de la répartition, l’auteur envisage deux variantes plus (la
variante « alpha ») ou moins (la variante fusion « cotisations-retraites » et « allocations-en-
fants ») éloignées des systèmes actuels.
Une réforme des retraites vers plus de « clairvoyance » a peu de chances d’être aisément acceptée.
Pour passer aux retraites « clairvoyantes », il faudra que population et autorités soient
préalablement convaincues de leur légitimité. Les citoyens devront admettre que ce à quoi ils ont
crû pendant des décennies (que « cotiser durant la vie professionnelle suffit pour toucher une
retraite », ou que, « payer pour la génération précédente suffit pour recevoir de la génération
suivante ») était erroné. Les décideurs politiques devraient rectifier le fonctionnement actuel de
nos systèmes de retraites en tenant compte également de l’investissement en capital humain (càd.
des énormes efforts et dépenses que représentent la mise au monde, l’éducation, le logement,
l’habillement, les soins pendant l’enfance) dans le calcul de la retraite.

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Lettre Mensuelle Socio-économique - septembre 2004
DÉBAT
Le secrétariat du Conseil central de l’économie a demandé à Monsieur Michel Loriaux ( Institut de
démographie- UCL) de commenter en tant que démographe la thèse de David Cosandey. Voici la
retranscription de son intervention dans le débat.
J’ai trouvé très intéressante la thèse de David Cosandey, même si au départ, j’ai cru y être
totalement opposé.
Après une lecture plus en profondeur, j’admets volontiers qu’il s’agit d’une thèse qui a le mérite
d’être originale et audacieuse, voire fortement provocante, à une époque où, en matière de retraites
notamment, l’audace n’est pas ce qui caractérise le plus les débats et où les propositions
d’aménagement des systèmes actuels sont, pour la plupart, frappées du sceau de la pensée unique
et relèvent plus du rafistolage que de véritables réformes.
L’originalité bien sûr c’est notamment de soutenir que ce sont les systèmes de retraite qui ont
provoqué la chute de la natalité et non l’inverse comme il est communément admis. Mais j’y
reviendrai.
Par contre, il y a une deuxième caractéristique dans le discours de M. Cosandey que je trouve
fondamentale et que je partage entièrement : c’est la nécessité de rétablir - disons de maintenir,
si on préfère - la solidarité entre les générations. Mon raisonnement à ce propos n’est sans doute
pas entièrement similaire au sien, mais je pense en revanche que les sociétés vieillissantes,
précisément parce qu’elles sont vieillissantes, et donc plus fragilisées dans certains segments de
leur population, on un besoin impératif de solidarité, et en particulier de solidarité
intergénérationnelle.
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles n’ont jamais été aussi intergénérationnelles qu’elles ne
le sont aujourd’hui, en ce sens qu’il existe des générations, souvent nombreuses, dans un intervalle
d’âges de plus en plus grand, allant de 0 à 100 ans et au delà. Mais surtout, ces générations sont
extraordinairement différentes, parce qu’elles ont été socialisées à des époques elles-mêmes très
différentes, et qu’elles ont développé des valeurs et des modèles culturels eux-mêmes fortement
différenciés en fonction des événements vécus et des contextes, l’accélération de l’histoire n’ayant
rien changé de ce point de vue.
Résultat : gérer nos sociétés multigénérationnelles (et de surcroît multiculturelles) est devenu un
véritable casse-tête politique, si on veut bien admettre qu’une gouvernance doit viser à satisfaire
de façon optimale les besoins et les aspirations de tous les citoyens, quels que soient leur âge, leur
sexe, leur catégorie sociale ou leur rattachement culturel.
Or, jamais une telle diversité n’a été rencontrée dans l’histoire passée des pays occidentaux, ce qui
veut dire que l’expérience du passé ne nous servira pas à grand chose et que tout devra être
réinventé et renégocié au niveau de nos modes d’organisation et même souvent de nos institutions.
Pour un nouveau contrat entre générations

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C’est à ce titre d’ailleurs que je trouve intéressant l’essai de M. Cosandey, puisqu’il n’hésite pas à
envisager des réformes en profondeur qui contrastent avec l’affligeante timidité de la plupart des
propositions de nos experts ou de nos hommes politiques.
LE VENT DE LA LIBERTÉ
Mais si j’insiste autant sur l’importance de la solidarité intergénérationnelle, c’est bien non
seulement parce qu’elle me paraît la clé de voûte de notre édifice sociétal, mais surtout parce
qu’elle me paraît menacée quotidiennement et de plus en plus dans ses fondements élémentaires.
Et le paradoxe est aussi très fort, puisque c’est au moment où la solidarité entre générations se
révèle la plus nécessaire (à cause du vieillissement et de ses effets indirects) qu’elle est battue en
brèche, désavouée de partout et dénigrée, au nom de prétextes le plus souvent fallacieux.
Le vent de liberté, et surtout l’individualisme exacerbé qui a soufflé sur nos sociétés occidentales,
y a grandement contribué, en créant le sentiment que la protection du groupe ou de la communauté
était moins nécessaire à partir du moment où les besoins essentiels - et même ceux pas du tout
essentiels étaient assurés - ou les grands risques couverts, laissant ainsi à chacun la possibilité de
gérer sa vie de façon autonome, en s’affranchissant des contraintes collectives.
Malheureusement, il s’agit pour la plupart d’une illusion qui ne résiste pas à un examen des
situations réelles et le drame est sans doute accentué par le fait que les solidarités actuelles sont
devenues étatiques et anonymes et qu’elles ne sont plus perçues comme le résultat des liens de
solidarité tissés entre les générations par la mise en œuvre des systèmes de protection sociale.
Toutes les tentatives actuelles de développer des seconds ou des troisièmes piliers pour financer les
retraites, d’encourager les formules assurancielles privées, de remplacer partiellement ou totalement
les systèmes dits de répartition par des systèmes fondés sur la capitalisation, sont des façons
insidieuses de porter atteinte au principe de solidarité intergénérationnelle, même si le bon sens
commun énonce qu’il est raisonnable de diversifier les modes de financement pour ne pas, comme
on le dit pudiquement, mettre tous ses œufs dans le même panier. Comme si une raison aussi
essentielle que maintenir la solidarité entre génération pouvait être mise dans la balance avec des
arguments techniques comme le rendement actuariel.
Et le pire est sans doute que beaucoup d’assureurs ou de banquiers se font les complices de cette
conspiration anti-solidaire en encourageant les jeunes à rompre la chaîne de la solidarité
générationnelle en leur ventant les mérites des formules assurancielles privées, mais en oubliant
de rappeler que ces formules sont soumises aux aléas de la conjoncture et aux risques des crises
financières. Mais surtout, ils ne disent jamais que devant l’allongement de la durée de vie moyenne,
le plus grand risque est de ne pas pouvoir accumuler à titre individuel une épargne suffisamment
importante pour garantir une prise en charge pendant les 30 ou les 40 années que représentera
probablement la phase de retraite pour les nouvelles générations.

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Mais j’en reviens aux analyses et aux propositions de David Cosandey.
LA NOUVELLE FAMILLE
J’ai du mal à le suivre en ce qui concerne la liaison qu’il établit entre la baisse de la natalité et la
faillite des retraites, ou même entre l’évolution démographique et l’évolution économique. L’idée
d’une sorte de circularité de la natalité vers les retraites avec retour sur la natalité peut paraître
intellectuellement séduisante mais je la trouve néanmoins exagérément monolytique.
Pour moi, il serait trop simpliste d’admettre que la natalité a baissé à partir du moment où
l’instauration des systèmes publics de retraite aurait rompu le lien naturel entre les générations et
encouragé les couples à renoncer à un effort reproductif. L’idée de « prendre sans donner » et de se
réfugier dans un comportement égoïste de consommateur hédoniste, au détriment de l’investissement
dans les enfants, a sans doute pu intervenir dans la baisse de la fécondité et de la natalité, mais
cet argument ne peut manifestement pas suffire à en rendre compte à lui-seul.
Je suis d’ailleurs soupçonneux depuis toujours à l’égard de ce genre de raisonnement causaliste,
quel qu’il soit, lequel implique un déterminisme relativement strict, même s’il s’inscrit dans une
causalité multiple. Je préfère pour ma part lui substituer une approche globale et systémiste
partant du principe que les comportements démographiques sont des faits sociaux qui ne prennent
leur signification pleine et entière que s’ils sont resitués dans la globalité des mutations des
systèmes sociaux dans lesquelles ils s’insèrent.
Je suis d’accord avec M. Cosandey lorsqu’il déclare que ce n’est pas la pilule contraceptive ou
d’autres raisons techniques du genre qui explique le recul de la fécondité, mais il a existé un
ensemble de facteurs historiques convergents qui ont contribué à modifier les comportements
procréateurs et l’instauration des systèmes de protection sociale n’est qu’un élément parmi d’autres
de ces mutations sociétales qui ont accompagné la révolution industrielle.
Parmi les autres éléments, on peut certainement évoquer les changements de la condition féminine
et la participation accrue des femmes à l’économie, la diminution de la mortalité infantile et la
préférence pour des enfants de « qualité » plutôt que pour des enfants « en quantité », les
transformations en matière d’union conjugale avec la percée des unions libres, sans parler de la
vague de divortialité, etc.
Bref, c’est toute la famille, avec la place occupée par ses différents membres et ses finalités, qui
a subi des mutations profondes et qui a été reprogrammée en fonction des nouveaux contextes
technologiques, économiques, sociaux et culturels. C’est vrai que toutes les évolutions ne sont pas
forcément ni automatiquement optimales, mais la plupart sont généralement relativement
congruentes par rapport à l’ensemble du système sociétal, qu’on soit par ailleurs d’accord ou non
avec ces réorientations.
Pour un nouveau contrat entre générations

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FÉCONDITÉ : UNE CHUTE SÉCULAIRE
Je peux, si j’étais d’obédience nataliste, regretter la disparition des familles nombreuses ou la
banalisation des avortements, comme je peux m’élever contre la légalisation de l’euthanasie. En
revanche, je ne peux pas renoncer à m’interroger sur les raisons pour lesquelles, malgré la faiblesse
réelle de natalité et le maintien depuis une trentaine d’années de cohortes jeunes « creuses »
(comme on dit parmi les démographes), le chômage des jeunes est malgré tout de nos jours aussi
élevé et tellement difficile à éradiquer (ou simplement à réduire).
Et la réponse qui me vient spontanément à l’esprit, c’est que nous sommes entrés dans des sociétés
où la productivité générale, mais aussi la productivité du travail, ont tellement progressé qu’une
diminution de la main-d’œuvre n’est en rien en contradiction avec une augmentation de la valeur
ajoutée et de la richesse collective.
Et dans ce cas, n’est-ce pas cela que les parents ont intuitivement intégré lorsqu’ils renoncent à
accroître leur descendance - où même qu’ils ne la constituent pas du tout - ayant compris que
l’avenir de leurs enfants potentiels est compromis - ou en tout cas très incertain ? Beaucoup de
couples ne redoutent-ils pas de donner la vie, ou ne le font-ils qu’avec parcimonie, pour se donner
les chances de doter leur progéniture limitée des meilleurs atouts possibles, en termes d’éducation
notamment.
Monsieur Cosandey évoque le fait que les parents potentiels ne raisonneraient plus en termes de
double réciprocité, transferts des parents vers les enfants par l’éducation et ensuite des enfants
vers les parents à travers la protection contre la vieillesse. Soit, concédons-le même mais à
condition de concéder aussi que l’argument que je viens d’évoquer est de même nature et pas
forcément moins plausible.
On a cru pendant longtemps que croissance démographique et développement économique allaient
de pair et, inversement, que dépeuplement ou dénatalité rimait avec récession et Monsieur Cosandey
recourt largement à cet argument dont il semble trouver des preuves dans notre histoire récente ou
plus ancienne. Et il est vrai que la révolution démographique apparue au XIXème siècle et poursuivie
au XXème siècle a été concommitante à la révolution industrielle et économique. Pour que cette
dernière puisse prendre tout son essor, il fallait que les masses agricoles puissent abandonner le
secteur agricole et se tourner vers le secteur industriel qui réclamait à l’époque une main-d’œuvre
abondante.
Et pour que l’industrie puisse écouler ses productions abondantes et massives, il fallait disposer de
grands marchés. Et c’est bien ce qui s’est produit, d’abord l’exode rural à cause des progrès de
productivité de ce secteur, et ensuite le peuplement des villes et l’approvisionnement des usines et
des entreprises en main-d’œuvre abondante grâce à la croissance de population suscitée par la
dynamique démographique, et en particulier la baisse de la mortalité (principalement infantile)
suivie quelques décennies plus tard par la baisse de la natalité. Et c’est seulement le différentiel
chronologique entre ces deux paramètres du mouvement qui a provoqué l’accroissement de la
population, mais tout en sachant que la fécondité était séculairement en déclin.

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Autrement dit, les natalistes doivent admettre que le maintien de la fécondité à ses niveaux
d’avant la transition démographique aurait été plutôt catastrophique en termes d’explosion
démographique incontrôlée, et que même la relance du baby boom entre 1945 et 1965 n’a été qu’un
accident historique rompant temporairement la tendance à la réduction à long terme de la fécondité.
« LE CRÉPUSCULE DE L’OCCIDENT »
Rêver à une remontée autour des niveaux des années 60 est donc sans doute profondément
irréaliste et ne correspondrait à aucune logique sociale évidente, sauf celle de reconstituer
précisément l’équilibre numérique des générations.
Or, dans mon optique personnelle, j’ai toujours pensé qu’il était plus simple d’adapter nos struc-
tures économiques et sociales à nos structures de population que l’inverse et que le danger était de
provoquer des contre courants passagers dans les naissances ou les décès par des politiques
démographiques peu efficaces qui engendreraient des oscillations perturbatrices sur tous les
principaux marchés : de la maternité, de l’éducation, du travail, de la retraite, etc. Après tout, la
crainte des planificateurs est bien due au fait que les cohortes pleines du baby boom qui arriveront
à la retraite entre 2010 et 2020 ne soient plus supportées que par la population active née durant
les années creuses des décennies 70 et suivantes.
Mais quoi qu’il en soit, la relation évolution démographique-croissance économique n’a jamais pu
être établie clairement sur le plan statistique malgré les dizaines de recherches qui ont été menées
sur ce sujet depuis de nombreuses années avec des résultats souvent non significatifs et
contradictoires.
La réalité est que le problème de la relation démographie-économie est beaucoup plus complexe
qu’une simple corrélation entre des variables (en principe le taux de croissance de la population et
celui de l’économie) et même un démographe reconnu comme profondément nataliste, Jean-
Claude Chesnais de l’INED, auteur d’un livre sur « Le crépuscule de l’Occident », a reconnu ce
manque de liaison mécanique dans plusieurs de ses écrits.
En tout cas, il y a un type d’argumentation que j’ai trouvé sous le nom de M. Cosandey dans
l’interview de lui qui est parue dans le Soir, et auquel je ne peux adhérer. Il consiste à dire : « la
dénatalité affaiblit la croissance économique et la croissance anémique affaiblit le progrès
scientifique. Et depuis que la natalité a chuté, on a dû faire face à des problèmes inédits. Par
exemple, les surplus agricoles : les paysans ont continué à améliorer leurs rendements, à produire
plus de lait, plus de céréales … mais il n’y a plus assez d’enfants pour boire tout ce lait, pour
manger toutes ces céréales ».
Je souris en lisant ces lignes parce que c’est une analyse purement quantitative qui ne tient
absolument pas compte des formidables changements qualitatifs qui sont intervenus dans les
modes de vie et dans le marketing des produits laitiers (comme de tous les autres). Il suffit de se
promener dans les rayons d’une grande surface pour découvrir que les produits alimentaires
présentés n’ont plus rien à voir avec les distributions de bols de lait dans les écoles au lendemain
de la seconde guerre mondiale et que la diversité de l’offre a produit une augmentation de la
Pour un nouveau contrat entre générations

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demande globale infiniment supérieure à la demande d’il y a une cinquantaine d’années pour des
produits simples et peu transformés.
UN « SIMPLE » PROBLÈME TECHNIQUE
En définitive, je crois que la proposition de David Cosandey est digne d’intérêt et qu’elle a le mérite
de remettre en évidence la nécessité de rétablir la solidarité entre générations. Elle pêche peut-être
par une certaine complexité de mise en œuvre et, par la perspective à très long terme où elle se situe
puisque l’auteur n’envisage lui-même l’entrée en vigueur de la réforme qu’à partir de 2050, c’est-
à-dire trente ou quarante ans après que le choc frontal aura eu lieu et que la catastrophe annoncée
se soit produite, si on suit la position des prédicateurs de l’apocalypse, ou qu’au contraire le pire ait
été évité et que des mesures de régulation efficaces aient pu être prises en temps utile, si on adhère
plutôt à la thèse des optimistes.
Et de ce point de vue, je veux terminer en rappelant que la faillite des systèmes de retraite n’est pas
une fatalité si on accepte de sortir des politiques actuelles qui visent seulement à réformer en
surface les systèmes existants, sans envisager des réformes radicales nécessitées à mon avis par
l’ampleur des mutations en cours.
Je pense comme David Cosandey que beaucoup de remèdes miracles actuellement envisagés
risquent d’être inefficaces, ou contre-productifs, voire éthiquement contestables, comme le
prolongement de la vie active, le recours massif à l’immigration, l’accroissement des taux de
participation féminine etc. Par contre, je considère qu’une des réformes les plus efficaces serait de
cesser de faire reposer le financement des pensions sur les prélèvements effectués sur la masse
salariale à un moment où la quantité globale de travail est en voie de réduction, où la rémunération
du travail est en stagnation et où les formes de travail précaire ne cessent de se multiplier.
Ce qui compte ce n’est pas tant le travail que la production des richesses, et la façon dont le surplus
est redistribué entre les classes sociales et les générations. Or, même si la croissance n’est plus ce
qu’elle a été durant les trente glorieuses, elle est toujours au rendez-vous et il est probable qu’elle
retrouvera un second souffle avec l’entrée définitive dans la troisième révolution industrielle. Qui
osera m’objecter que nos sociétés occidentales ne sont pas scandaleusement riches et que nous
manquons de moyens ? Au risque de devenir simpliste (mais sans doute pas plus que M. Cosandey),
j’affirmerai que l’avenir des retraites ne constitue qu’un problème technique qui devrait pouvoir
trouver une solution acceptable, à condition que nous ayons préalablement renégocié l’aspect le
plus fondamental, à savoir un nouveau contrat social intergénérationnel qui redéfinisse les droits
et les devoirs de toutes les générations et de toutes les catégories sociales, en tenant compte des
contraintes sociétales nouvelles, et qui rétablisse un juste équilibre dans la redistribution du
surplus collectif.

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EN RÉSUMÉ
- La réforme en profondeur proposée par David Cosandey a le mérite d’être originale et
audacieuse. Il sera très complexe de la mettre en œuvre dans la pratique. Elle ne pourra
pas entrer en vigueur avant 2050.
- « La faillite coupable des retraites » souligne à juste titre la nécessité de rétablir la
solidarité entre les générations.
- Le lien que Monsieur Cosandey établit entre la baisse de la natalité et la faillite des retraites
est beaucoup trop simpliste. La relation entre la démographie et l’économie est beaucoup
plus complexe qu’une simple relation entre deux variables.
- Il convient de substituer à l’approche causaliste présente dans son livre une approche
globale et systématique.
- C’est un ensemble de facteurs historiques convergents (et non pas seulement des raisons
techniques comme la pilule contraceptive) qui peut expliquer le recul de la natalité.
- Croissance démographique (Dépeuplement) et développement économique (récession) ne
vont pas de pair.
- Rêver d’une remontée de la natalité autour des niveaux de 1960, est irréaliste et ne
correspond à aucune logique évidente.
- Il est plus simple d’adapter nos structures économiques et sociales à nos structures de
population que vice versa.
- Le livre de David Cosandey contient une analyse purement quantitative qui ne tient pas
du tout compte des formidables changements qualitatifs qui sont intervenus dans les
modes de vie.
- La faillite des systèmes de retraites n’est pas une fatalité si l’on accepte de sortir des
politiques actuelles qui visent uniquement à réformer en surface le système de retraites
actuel.
- Il faut cesser de faire reposer le financement des pensions sur les prélèvements effectués
sur la masse salariale.
- Il importe de produire et de redistribuer, de façon juste, le surplus collectif entre les classes
sociales et les générations.
- L’avenir des retraites ne constitue qu’un problème technique qui devrait trouver une
solution acceptable et raisonnable à condition que l’on ait préalablement renégocié un
nouveau contrat social intergénérationnel.
Pour un nouveau contrat entre générations

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DÉBAT
Le secrétariat du CCE a demandé à Monsieur Michel Englert (Conseiller au Bureau fédéral du Plan)
de commenter en tant qu’économiste les idées défendues par D. Cosandey. Voici son point de vue.
Après avoir pointé quelques passages du livre qu’il juge excessifs
1
, Michel Englert ironise à propos
de la stigmatisation des familles de moins de deux enfants ; il rejette l’idée de l’ouvrage selon
laquelle l’intérêt financier des parents serait le principal moteur de la décision de procréer, alors
que bien d’autres considérations interviennent évidemment dans ce choix.
UN DÉFI GÉRABLE
L’intervenant rappelle que la faillite des retraites n’a rien d’inéluctable et que le défi financier que
pose le vieillissement est gérable dans le cas belge. Le Bureau fédéral du Plan évalue qu’à politique
inchangée, sur les trente années à venir, le coût budgétaire du vieillissement en Belgique devrait
être de l’ordre de 4% du PIB (ce chiffre varie d’un scénario à l’autre). Bien que très élevé, il faut
relativiser le caractère inquiétant de ce chiffre. Il se rapporte à un coût budgétaire qui va se
développer sur une période longue (30 ans). Il n’est pas d’un ordre de grandeur exceptionnel par
rapport à celui des grands chocs budgétaires des dernières décennies (cf. les opérations d’économie
des années ’80 et ’90, ou l’ensemble des mesures de réduction des prélèvements obligatoires de ces
dernières années qui représentent près de 2% du PIB . Du fait de notre équilibre budgétaire, on
peut s’attendre, en Belgique, pour les trente prochaines années, à une baisse des charges d’intérêt
de l’ordre de 5% du PIB. Comme cette baisse est plus importante que le coût budgétaire du
vieillissement (+4% du PIB), celui-ci pourra être financé sur cette base … à condition de ne pas
opter pour une autre utilisation de ces ressources.
Par ailleurs, selon Michel Englert, le problème n’est pas uniquement démographique. Pour lui, le
défi est probablement plus socio-économique que démographique. D’après les perspectives
démographiques nationales (préparées par l’INS et BfP, la proportion d’âgés (60 ans et plus) va
évoluer de 40 âgés pour 100 jeunes en 2000 à 63 âgés pour 100 jeunes à l’horizon 2030. On peut
évidemment ressentir de l’inquiétude face à une telle perspective mais il ne faut pas oublier un fait
socio-économique actuel, à savoir que pour 100 personnes actives au travail, il y a actuellement 74
personnes qui reçoivent une allocation de pension, de chômage, d’invalidité… . La dépendance est
donc un problème autant actuel que futur, un problème plus socio-économique que démographique,
et un problème certes difficile mais gérable.
D’autre part, pour Michel Englert, le défi démographique pour les systèmes de retraites n’est pas
seulement celui de la dénatalité, mais surtout celui de l’allongement de l’espérance de vie
2
. C’est
l’allongement de l’espérance de vie qui constitue l’essentiel du défi démographique pour nos
systèmes de retraites. Les perspectives démographiques montrent pour les 50 prochaines années,
la Belgique va faire face à un important accroissement de la population âgée de 60 ans et plus
surtout en raison de l’augmentation de l’espérance de vie.
La natalité ne peut tout résoudre
1
David Cosandey compare par exemple les 5,5 millions d’allemands victimes du nazisme avec les 14 millions de non nés dûs à la chute
de la natalité.
2
Dans une prochaine livraison, la Lettre mensuelle socio-économique approfondira la question des facteurs contribuant à la baisse
de la fécondité et à l’allongement de l’espérance de vie.

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RETRAITES ET NATALITÉ : UN LIEN FLOU
Michel Englert ne suit donc pas l’auteur lorsqu’il affirme que la natalité est une solution miracle
aux problèmes des retraites. Le Bureau fédéral du Plan a étudié dans quelle mesure une fécondité
plus forte pourrait répondre au défi démographique que subit notre système de retraites. Il ressort
de cette étude qu’ un relèvement de la natalité de 0,3% sur une période de 50 ans réduit effectivement
l’accroissement du poids budgétaire des pensions (+2,4% au lieu de +3,2%) et du poids budgétaire
des soins de santé (+2,5% au lieu de +3%) mais accroît, d’autre part, les dépenses d’éducation,
d’allocations familiales, etc.Au total le coût budgétaire du vieillissement pour les 50 prochaines
années serait de 3,4% du PIB au lieu de 4,2%). Un relèvement de la natalité serait donc, selon
cette étude, positif pour la Sécurité sociale, mais ne ferait pas disparaître le coût budgétaire du
vieillissement, loin de là.
Selon l’orateur, il faut aussi nuancer le lien direct que David Cosandey fait entre les systèmes de
retraites et la chute de la natalité. Il existe, en effet, plusieurs éléments qui montrent que ce lien
est relativement flou. Les pays scandinaves ont les taux de natalité les moins bas en Europe alors
que leurs systèmes de retraites sont parmi les plus performants. La baisse de la natalité en
Belgique est par ailleurs une tendance longue, bien antérieure au développement d’un système de
retraites. De plus, le moment où le système belge de retraites a été mis en place ne correspond pas
au moment où la natalité en Belgique était la plus faible. La Belgique a même connu une remontée
de la natalité au moment où son système de retraites a été créé : entre 1920 et 1940, la Belgique
a connu des taux de natalité plus faibles que dans la période de l’après-guerre (les années
soixante), période où son système de retraites a été développé.
La baisse de la natalité en Belgique s’inscrit en réalité dans une tendance de long terme qui est
fortement liée, comme l’a d’ailleurs noté David Cosandey, au fait que le coût que représente un
enfant est actuellement plus élevé que dans le passé. Aujourd’hui il faut de gros moyens pour
fonder une famille nombreuse sans tomber dans des conditions difficiles. L’orateur rejoint également
David Cosandey quand il affirme que nous vivons aujourd’hui dans une société de consommation
qui développe l’égoïsme et le consumérisme, ce qui n’encourage pas les gens à fonder une famille.
Mais selon lui, si corrélation il y a entre le développement de ce type de société et la chute de la
natalité d’une part, la mise en place des systèmes de retraite d’autre part, il pourrait y avoir
corrélation entre dénatalité et systèmes de retraite (ce qui reste à démontrer - l’auteur n’a pas
réalisé de tests statistiques), mais sans aucun lien de causalité . Si on supprimait notre système
de retraites par répartition, précise Michel Englert, les gens manifesteraient spontanément un
comportement d’épargne ou de constitution de pension privée qui leur permettrait de faire face à
leurs vieux jours. Cette suppression n’aurait donc pas nécessairement un effet sur la natalité parce
que le niveau de richesse actuelle permet à la majorité des gens de se constituer une épargne en vue
de leurs vieux jours sans devoir compter sur leurs enfants.
La natalité ne peut tout résoudre

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Michel Englert estime d’ailleurs que la mise en œuvre de la variante « alpha » que David Cosandey
propose dans son livre
3
n’est concevable que pour le seul secteur public. Je ne vois pas, dit-il en
effet, comment l’on pourrait empêcher le secteur privé d’offrir aux salariés des fonds de pensions
insensibles au nombre d’enfants. Selon lui, les variantes proposées par monsieur Cosandey n’auront
donc de toutes manières pas d’impact significatif sur la problématique à laquelle on est confrontée
même dans l’hypothèse – douteuse – d’un lien entre les pensions et la dénatalité.
Enfin, Michel Engert estime qu’ il faut distinguer - et non pas mélanger comme le fait David
Cosandey - les aspects « dénatalité/efficacité économique » et « dénatalité/équité ».
DÉNATALITÉ, EFFICACITÉ ET ÉQUITÉ
Il est exact que pour financer les pensions, un plus grand taux de fécondité n’est pas a priori une
mauvaise chose. Mais compte tenu d’une série d’autres facteurs – notamment la pression de la
démographie sur l’environnement – il n’est pas certain qua la natalité ait un effet positif sur
l’efficacité économique. Il faut se poser la question de savoir s’il est judicieux de promouvoir une
plus grande natalité. Même en termes d’équité intergénérationnelle, cette option n’apparaît pas
idéale puisqu’elle postule une pression sur l’environnement qui pourrait hypothèquer, à long terme,
le niveau de vie des générations futures.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’équité, il ne faut pas non plus oublier qu’il existe aussi des
transferts considérables des familles sans enfants vers les familles avec enfants via le financement
publique du système éducatif, le financement public des soins de santé, le financement public des
transports, les allocations familiales, les réductions d’impôts, etc. Avant de déclarer que les
familles sans enfants profitent des familles avec enfants, il faut donc faire un calcul beaucoup
plus complexe que celui qu’a fait David Cosandey.
3
Dans la variante « alpha », on attribuerait un coefficient alpha a chaque assuré. On calculerait la retraite de la même façon
qu’aujourd’hui, à la différence près qu’on la multiplierait par le coefficient « alpha ». Le coefficient « alpha » serait égal au nombre
d’enfants pris en charge pendant vingt ans divisé par le nombre-seuil d’enfants (c’est-à-dire le nombre d’enfants considéré comme
suffisant pour financer sa propre retraite).

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EN RÉSUMÉ
- La procréation ne résulte pas d’un calcul économique où les parents maximisent leur
intérêt financier personnel.
- La « faillite des retraites » n’a rien d’une certitude.
- Le coût budgétaire du vieillissement est un défi gérable.
- Le défi qu’il convient de relever en matière de pensions de retraite n’est pas uniquement
d’ordre démographique.
- Le défi démographique pour les systèmes de retraites n’est pas seulement celui de la
dénatalité.
- La natalité ne résout pas tout.
- Il faut distinguer les aspects « dénatalité/efficacité économique » et « dénatalité/
équité ».
- L’effet d’une politique nataliste sur l’équité intergénérationnelle est incertain.
- L’impact global des finances publiques sur l’équité entre familles sans enfants et
familles avec enfants doit être analysé plus finement.
La natalité ne peut tout résoudre

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(Un discours sans grande valeur. La haine à fleur de peau, à peine masquée par le vernis idéologique.
Une réaction comme on en subit malheureusement souvent de la part des non-parents, lorsque
l'on évoque le problème des retraites aveugles. Les non-parents sont devenus une caste très privilégiée.
Ils défendent leurs privilèges avec acharnement.)

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($$$$)

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Lette Mensuelle Socio-économique - septembre 2004
Certains membres appartenant au Groupe B sont, dans l’ensemble, opposés aux thèses défendues
par Monsieur David Cosandey. Ils ont tenu en particulier à exprimer leur ferme opposition à l’idée
de vote plural émise par l’orateur. Ils ont fait savoir à ce propos que cette idée circulait effectivement
dans certains milieux intellectuels
1
et qu’elle avait même été évoquée récemment lors d’auditions
dans une commission parlementaire. Ces membres ont par ailleurs souligné le fait que, selon eux,
le problème des soins de santé est plus pressant que celui des retraites au regard des perspectives
d’avenir de la Sécurité sociale. Ces membres ont toutefois apprécié que David Cosandey a tenu
compte dans son livre de la phase « prendre soin de ses parents », phase qui est habituellement
négligée dans les débats relatifs à la problématique des retraites.
D’autres membres du Groupe B ont exprimé de leur côté leur accord avec les critiques développées
par Madame Corinne Gobin, en particulier lorsqu’elle a souligné l’absence de caractère scientifique
de l’argumentaire développé par Monsieur Cosandey. A ce titre, ces membres estiment avec Mad-
ame Gobin que le livre « La faillite coupable des retraites » doit être considéré pour ce qu’il est, à
savoir un pamphlet politique. Ces mêmes membres ont encore fait savoir qu’ils souscrivaient aux
idées développées par Madame Gobin autour du thème du Contrat social.
Certains membres appartenant au Groupe A ont, pour leur part, estimé utile l’organisation du
débat autour du livre « La faillite coupable des retraites ». Il a eu le mérite, ont-ils souligné, de
faire progresser la réflexion en la matière, notamment en permettant de discuter de sujets qui ne
sont pas habituellement abordés en matière de systèmes de retraites ou qui font l’objet de tabous.
Cela étant, ces membres souscrivent au fait souligné par certains membres du Groupe B, à savoir
que le problème des soins de santé est plus préoccupant que l’avenir des retraites.
Réactions des partenaires sociaux
DÉBAT
1
Voir notamment : VAN PARIJS, Philippe (UCL), The disfranchisement of the elderly : and other attempts to secure intergenerational
justice, Philosophy & Public Affairs, Princeton, NJ, 27 (4), Fall 1998, pp. 292-333; SCHOKKAERT, Erik (KUL) & VAN PARIJS, Ph., Social
Justice and the Future of Europe’s Pension Systems, Journal of European Social Policy, London, 13 (3), August 2003, pp. 245-63.;
SCHOKKAERT, Erik & VAN PARIJS, Ph., Just Pensions. Reply to Fornero, Myles and Oksanen, Journal of European Social Policy, London,
13 (3), August 2003, pp. 279-82.

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Conseil Central de l’Economie
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VIEILLISSEMENT
Tous ensemble, nous vieillissons de plus en plus. Les prévisions démographiques de l’INS annoncent
qu’en 2030, pas moins de 30 % de la population de la Belgique aura plus de 60 ans contre
seulement 22 % aujourd’hui. Cette évolution représente un réel danger pour la pérennité des
pensions : les personnes au travail versant des cotisations sont de moins en moins nombreuses
alors qu’il y a de plus en plus de pensions à payer. Ce constat fut directement à l’origine de la loi
du 5 septembre 2001 qui a pour but d’apporter une réponse à cette problématique et d’assurer à
long terme le paiement des pensions. Outre la création du Fonds de vieillissement, cette loi prévoit
que le Comité d’étude sur le vieillissement (CEV), un comité institué au sein du Conseil supérieur
des Finances, rédigera annuellement un rapport sur les conséquences budgétaires et sociales du
vieillissement. Pour ce faire, il fait appel au Bureau fédéral du Plan. La troisième édition de ce
rapport a été publiée en avril 2004. La nouveauté du Rapport 2004 réside dans un chapitre qui
s’ajoute aux parties traditionnelles – coût du vieillissement et soutenabilité sociale – et qui est
consacré à l’évolution des dépenses publiques de soins de santé.
FAISABILITÉ BUDGÉTAIRE
Le scénario du CEV tente d’estimer le surcoût du vieillissement et s’étale de 2003 à 2030. Lors
d’une telle simulation sur une période de presque 30 ans, les hypothèses sous-jacentes au modèle
déterminent grandement le résultat. Des hypothèses doivent être formulées tant en ce qui concerne
l’évolution démographique (qu’il est assez aisé de prévoir) que l’environnement macroéconomique
bien moins prévisible et l’orientation future de la politique des autorités publiques (par exemple :
« Quelle sera l’évolution
des revenus de
remplacement par rap-
port aux salaires ? »).
L ’ h y p o t h è s e
macroéconomique
centrale du Comité est
une augmentation de la
productivité de 1,75%
l’an jusqu’en 2030. Cette
hypothèse est qualifiée
« de scénario prudent » et se base sur l’évolution moyenne des trente dernières années, évolution
qui était de 2 % l’an. Durant les deux dernières décennies (1980-2002), l’augmentation de la
productivité ne s’est cependant chiffrée qu’à 1,55 %. Les salaires sont supposés évoluer à long
terme parallèlement à la productivité de laquelle on retranche une dérive salariale de 0,5 %. Il en
résulte un plafond salarial de 1,25 % par an.
S’agissant du chômage structurel
1
, le CEV avance une prévision ambitieuse. Il suppose que le
chômage structurel continuera à long terme à évoluer vers sa moyenne historique de 7,5 % (depuis
1953), soit la moitié seulement des 14,2 % actuels. Le taux d’emploi est lui aussi supposé
Un rapport qui rassure
Hypothèses
économqiues
de base
2003-2030
Source : Comité d’étude sur le vieillissement (2004) p. 48 ; scénario du Comité d’étude, adaptation au bien-être incluse.
Augmentation de la productivité
1,75% par an
Augmentation des salaires
1,75% par an
Dérive salariale
0,50% par an
Plafond salarial
1,25% par an
Taux de chômage structurel en 2030
7,50%
Taux d'emploi en 2030
68,50%
Adaptation au bien-être des revenus de remplacement
0,50% par an
Adaptation au bien-être des montants forfaitaires
1,00% par an
Augmentation des dépenses publiques réelles de soins de santé 2003-2007
4,50% par an
Augmentation des dépenses publiques réelles de soins de santé 2009-2030
2,90% par an
1
Le chômage structurel est défini comme étant l’ensemble des chômeurs indemnisés demandeurs d’emploi, les jeunes non indemnisés
pendant leur période d’attente, des chômeurs temporairement exclus, des personnes bénéficiant d’une aide du CPAS, des chômeurs
renonçant volontairement à une allocation, des non-actifs n’ayant pas droit à une allocation mais s’inscrivant néanmoins comme
demandeurs d’emploi et des chômeurs âgés non-demandeurs d’emploi. Un certain nombre de catégories de bénéficiaires d’allocations
sont cependant exclues, comme par exemple les personnes bénéficiant d’un crédit-temps à temps plein.

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augmenter de 7 points de pour cent pour atteindre 68,5 %. Le taux d’activité serait donc de 74 %
en 2030 contre 71,6 % aujourd’hui.
Les projections dans le domaine de la politique sociale sont encore plus compliquées parce qu’elles
dépendent directement de décisions politiques qui seront prises au fil des trente années à venir.
L’une des variables utilisées est la mesure dans laquelle les revenus de remplacement s’accroissent
parallèlement au bien-être. Il ressort de données historiques que l’adaptation au bien-être est en
moyenne inférieure de 1,75 % à la croissance de la productivité. Etant donné que le scénario table
sur une croissance de la productivité de 1,75 %, il n’y aurait pas d’adaptation au bien-être à
escompter. Toutefois, compte tenu de l’augmentation du poids social et électoral des personnes
âgées, le CEV escompte malgré tout une adaptation annuelle moyenne au bien-être de 0,5 %. Les
décisions prises à Ostende lors du Conseil de Ministres extraordinaire des 20 et 21 mars 2004 liant
les revenus de remplacement au bien-être confirment déjà cette hypothèse.
Les hypothèses utilisées impliquent une croissance économique moyenne – la somme de la croissance
de la productivité et de l’emploi – de 1,9 % l’an pendant la période. Le surcoût total des pensions
et des soins de santé se chiffre à 5,2 % du PIB. A mesure qu’un nombre croissant de personnes
atteint l’âge de la pension, la pénurie sur le marché du travail augmente. La baisse du chômage qui
l’accompagne et la diminution des allocations familiales (en raison du nombre moins élevé de</