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Dossier Houellebecq

La Page de Siagrius

 L'affaire Houellebecq

houellebecqLibération.jpg (12471 bytes)Si vous voulez en savoir plus: 



 

Le prix Novembre à Michel Houellebecq

Le 10e prix Novembre 1998 a été décerné, jeudi 12 novembre, à Michel Houellebecq pour Les Particules élémentaires (Flammarion), au troisième tour de scrutin, par 6 voix contre 4 à Laurence Cossé pour La Femme du premier ministre (Gallimard). Doté de 200000 F, le prix Novembre, dont la présidence et le jury sont tournants, affiche pour ambition de « récompenser en toute indépendance le meilleur roman ou texte, écrit en français et paru dans l'année ». Les Particules élémentaires, sujet de polémique depuis septembre (Le Monde daté dimanche 8-lundi 9 novembre), avait figuré sur plusieurs listes de prix et n'en avait obtenu aucun. Présidé cette année par Daniel Schneidermann, le prix Novembre réunit entre autres des écrivains, dont Julian Barnes, Bernard Frank, Jean-Paul Kauffmann, Philippe Sollers et Mario Vargas Llosa. (Source: Le Monde)

 

Michel Houellebecq est attendu par ses collègues à l'Assemblée nationale

QUICONQUE n'a jamais appelé, désespéré, le service informatique de son entreprise, après avoir vu un texte disparaître de l'écran de son ordinateur, n'imagine pas l'inquiétude de voir débarquer dans le rôle du technicien-sauveur ... Michel Houellebecq. Pendant plusieurs années, les fonctionnaires de l'Assemblée nationale ont connu ce frisson-là. Houellebecq, qui n'était pas encore l'écrivain-star de la rentrée littéraire, passait pour l'une des plus étonnantes recrues entrées par concours pour rejoindre les armées de secrétaires administratifs du Palais-Bourbon.

Le jeune homme était mutique, poète à ses heures, et bon informaticien. Ah ! Houellebecq... Voilà déjà deux ans que l'écrivain des Particules élémentaires, best-seller de la rentrée, a obtenu une mise en disponibilité de son travail de fonctionnaire de l'Assemblée. Pourtant il reste, entre les murs gris des bureaux qu'il a autrefois hantés, l'un des personnages les plus controversés au sein de l'administration du Palais-Bourbon. Non que le Parlement ne compte d'autres écrivains parmi ses fonctionnaires. On vous en citera une douzaine au siècle passé. Aujourd'hui, le seul service du compte rendu analytique, qui prend en note l'ensemble des débats, comprend sept auteurs de romans ou d'essais (la plupart normaliens) parmi ses dix-sept agents. N'a-t-on pas vu, aussi, un huissier lisant, dans un couloir déserté par les députés, Also spracht Zarathustra, en allemand dans le texte ?

La controverse autour de Houellebecq, parmi ses anciens compagnons du bureau, tient à une double méprise. Dans l'univers clos de l'Assemblée, son introversion évidente l'avait d'abord fait passer pour un raté. Son goût pour la poésie l'a ensuite fait prendre pour naïf. Ce n'est qu'à la publication de son premier roman, Extension du domaine de la lutte, chez Maurice Nadeau, que ses compagnons de bureau, ses supérieurs hiérarchiques surtout, se sont aperçus, trop tard, que Houellebecq pouvait être le peintre sévère, désespéré et juste de leur univers de cadres moyens. Chacun s'y est reconnu, le chef ridicule comme l'informaticien déprimé. Ingénieur agronome ayant atterri, sans le souhaiter vraiment, au service informatique du ministère de l'agriculture, puis à celui de l'Assemblée nationale, Houellebecq avait tout utilisé : les incompétences et les pots de départ, les frustrations et, même, un suicide.

Il s'est créé, imperceptiblement, un petit groupe de fonctionnaires attentifs à saisir le moindre signe de son talent. Certains se souviennent même d'avoir veillé pour le voir lors de son premier passage à la télévision, aux heures noires de la nuit. Houellebecq n'avait pas pu dire trois mots intelligibles. Lorsque le succès est arrivé, l'écrivain avait pourtant, déjà, son petit lot d'admirateurs. Car si certains fonctionnaires de l'Assemblée ont pris ombrage de la peinture que Houellebecq avait faite d'eux, d'autres connaissent ses livres, ses recueils et découpent tous les articles de presse qui paraissent sur lui. Ceux-là, parce qu'ils aiment son oeuvre, croient encore que leur ancien collègue reprendra, malgré la gloire et les droits d'auteur, son travail auprès d'eux. Houellebecq, lui, vient de demander la prolongation de sa mise en disponibilité.

Raphaëlle Bacqué dans LE MONDE 98-12-01

 

Compte rendu de mission: viser en plein centre

Michel Houellebecq raconte son voyage aux Etats-Unis. En voici un petit extrait. Remarquez le ton:

" (...) C'est donc cette fois avec une légère suspicion que je considère la lettre où l'ambassade de France m'invite á prononcer une série de conférences aux Etats-Unis. Anti-libéral confirmé, va-t-on m'accuser de renier mes convictions ? Une rapide réflexion me convainc du contraire. Un séjour touristique au royaume de la libre entreprise serait bien sûr malvenu de ma part ; mais le fait qu'on prenne en charge mon voyage et mes frais de séjour, qu'on me verse rnême quelques honoraires, change tout : à l'évidence, ces gens souhaitent me payer pour que je crache comme à l'ordinaire sur l'argent, la liberté individuelle, les droits de l'homme, la démocratie représentative et les espaces interdits aux fumeurs ; ils souhaitent en somme que je prenne part au débat. De plus, l'extrême médiocrité de mon anglais devrait constituer un encouragement indirect à la francophonie ; c'est donc en fait un refus qui serait de ma part une lâcheté. Pour m'ôter mes derniers scrupules, je décide de partir le mois suivant en vacances à Cuba ; ainsi, les dollars versés par les universités américaines serviront, presque immédiatement, à alimenter les caisses de Fidel Castro (...) ".

ATELIER DU ROMAN, Hiver 1998-99, Notes pour un trimestre, pp. 149 et suivantes

 

  Houellebecq est-il staliniste, misogyne ? Quelle est son attitude vis-à-vis des homosexuels ?

Dans un entretien qu'il a accordé à  Fréderic Martel et publié dans la NRF n° 548 (janvier 1999), Houellebecq répond enfin clairement:

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    • FM: On n'attend pas, d'une manière générale, d'un écrivain qu'il soit lucide ou qu'il ait un grand sens politique. Mais, quand même, tout ce que vous dites sur Staline, sur le féminisme ou sur l'eugénisme, ça ne tient pas trop la route, n'est-ce pas? C'est un peu n'importe quoi?

    • MH: Ni le communisme, ni le féminisme, ni l'eugénisme ne sont des sujets simples. Je connais les réponses simples, celles qui vous font aimer de tous; si je ne les emploie pas ce n'est pas par provocation, mais par honnêteté. J'essaie de ne pas dire n'importe quoi; il peut m'arriver, cependant, d'avoir de regrettables réactions d'agacement. De toute façon, quand une question vous déplaît, ou vous paraît indiscrète, il est toujours légitime de mentir, de se contredire, d'essayer de déstabiliser l'interlocuteur, etc. Je ne suis pas une machine à donner des réponses.
  •  
    • FM: Vous n'êtes pas très aimable avec les femmes, ni avec les homosexuels. On vous dit misogyne.

    • MH: Au contraire, j'ai nettement l'impression d'être plus aimable avec les femmes qu'avec les hommes. Quant aux homosexuels je ne les comprends pas du tout, et au fond je n'en pense absolument rien. Par contre il est vrai que les gays m'exaspèrent, tout comme m'énervent les blacks, les écolos, les gouines, etc. PLus jeune, j'avais énormément de mal à supporter les babas, les rastas, les punks, les régionalistes occitans ... Bref, chaque fois que je repère un comportement tribal, je deviens sarcastique et méchant. Je n'ai jamais pour ma part appartenu à aucune tribu, et j'éprouve le plus profond mépris pour les gens qui se laissent enfermer dans ce type d'appartenance; qui adhèrent à une sous-culture stupide, entièrement définie par la mode et le marché, et qui refusent de communiquer en dehors de leur tribu. Je veux avoir affaire à des êtres humains, se considérant avant tout comme tels. Pour revenir à un angle plus littéraire: les grands écrivains chantres de la négritude éprouveraient, il me semble, un certain malaise devant la culture black; et j'ose à peine imaginer ce que penserait Proust à l'idée d'être rangé parmi les écrivains gays
      (p. 204-205).

 

Houellebecq selon The Economist

Le « phénomène Houellebecq » s'apprête-t-il à traverser la manche, alors que Extension du domaine de la Lutte, son premier roman paru chez Maurice Nadeau en 1994, vient d'être traduit aux éditions Serpent's Tail (il en coûte £8.99) ? The Economist du 13 février consacre un article relativement long á la « guerre des générations » dont témoignerait le succès détonant, en France, des Particules élémentaires. Le journaliste (anonyme) n'y va pas par quatre chemins, qui évoque d'entrée de jeu le « plus important événement littéraire depuis Françoise Sagan, dit-on. voire depuis Albert Camus », au point qu'à peine publié il provoqua des vagues débordant « bientôt des pages livres pour gagner la Une des journaux ».

Avee une certaine objectivité dans le bilan provisoire des attaques et des admirations dont il a fait L'objet, Houellebecq y est présenté comme un « ex-marxiste » de 40 ans qui n'aime rien tant que fustiger les « soixante- huitards qui criaient qu'il est « interdit d'interdire », moquer l'establishment socialiste issu de la protestation étudiante, tourner en dérision les féministes de tout poil et dénoncer la bureaucratie et le jargon dans lesquels a sombré l'Université. Contaminé un instant par l'influence du Figaro qui a désespérément tenté de monter en épingle un « mouvement littéraire » autour d'un phénomène de librairie sous le triste nom de « déprimisme » (elle est assez jolie, la phrase de l'article précisant que la traduction de ce mot, « depressionism », est « unbeautifully » ... ), le journaliste britannique revient surtout sur l'aspect sociologique à la fin de son article : « le succès assourdissant de Houellebecq vient confirmer que sa cible principale, « l'intelligentsia » française, se cache dangereusement la tète dans te sable ». A moins, précise-t-il enfin, que l'on n'assiste simplement à un passage de relais entre générations de la flamme littéraire - en l'occurrence, un dangereux lance-flammes (rapporté dans La Quinzaine n°758)

 


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